Je crains malheureusement que le TGV Paris Londres par Amiens ne nous passe à nouveau sous le nez. Réseau Ferré de France n’a aucune intention de construire cette ligne. De plus, notre seule porte de sortie, les financements privés, vient de nous être brutalement fermée par la SNCF.
Au mois de mai de cette année, j’ai contacté le service voyageur de la SNCF. Celui-ci est basé à Paris et dirigé par Mireille Faugères. Mon intention était de savoir si une étude de rentabilité
du TGV Paris Londres par Amiens avait été réalisée. Il m’a été confirmé qu’aucune étude de rentabilité de cette ligne n’avait été faite. Par d’autres sources, je me suis laissée dire qu’il n’a
jamais été question de faire passer le TGV Paris Londres par Amiens. La raison en est simple : les lignes TGV sont faites pour relier les capitales européennes entre elles. Or les deux capitales qui nous intéressent, Londres et Bruxelles, sont déjà reliées à Paris. Je n’eus pas plus de succès avec mes arguments de choc. Ils furent balayés
d’un revers de la main. La richesse qu’un TGV créerait dans la région Picarde ? C’est prendre le problème à l’envers. La saturation de la ligne Londres Paris par Lille ? Ce n’est qu’une
affabulation.
Donc pour réaliser ce TGV, il ne nous reste plus qu’à trouver des financements privés. Après tout, cette ligne est peut-être rentable ? Depuis l’ouverture du fret ferroviaire en janvier 2007 à
tous les opérateurs européens, la société allemande Deutsche Bahn fait le forcing pour devenir le concurrent de la SNCF sur nos terres. C’est compter sans notre puissante compagnie nationale.
Celle-ci, s’est d’abord empressée d’interdire à ses partenaires européens le contrôle du fret ferroviaire français. (Qui depuis est en chute libre) Elle vient de
verrouiller celui du rail. Le 10 juillet 2009, la SNCF empêche la « Deutsche Bahn » d’entrer dans le capital d’Eurostar. Et même si dans l’avenir, un membre du conseil d’administration
d’Eurostar souhaite vendre sa participation, la SNCF a imaginé un mécanisme pour être la seule à se porter acquéreur. Or, comme vous le savez, l’Eurostar est le seul client d’Eurotunnel pour le
transport des passagers vers Londres. La messe est dite !
Assurément, la SNCF n’a pas envie d’être stimulée par la concurrence. Dommage, car elle en aurait grandement besoin et cela ferait le bonheur de ses clients et de la planète. Mais où ai-je la tête ? Nous ne sommes pas des clients, mais des usagers. (Le client se fournit chez un marchand, l’usager utilise un service public) Voilà comment la sémantique explique ce protectionnisme d’un autre âge. Voilà comment le moyen de transport le plus écologique du moment est négligé pour convenances personnelles.
Il est désolant de constater que le politique ne relaie pas plus que cela la volonté des acteurs économiques locaux et citoyens de base. Mais il sait dépenser l’argent pour se faire mousser, comme dans le canal Seine-Nord !

